Après la déception artistique et publique de
Miami Vice, le grand
Michael Mann a décidé de frapper un grand coup avec ce portrait de
John Dillinger, célèbre braqueur de banques dans l’Amérique des années 30 dont la vie semblait destinée à être racontée par le cinéaste : En pleine
Dépression, il dévalisait les banques américaines avec son gang, narguant les autorités et faisait l’objet de la fascination du public, qui voyait en lui un fougueux vengeur envers les
établissement financiers qui les arnaquaient. Pour filmer cette fresque intense et fascinante, le réalisateur a repris sa caméra digitale en haute définition (qu’il utilise depuis
Collateral), qui confère à la reconstitution une atmosphère assez inédite entre réalisme contemporain et images du passé qui pourra peut-être dérouter les puristes. D’autant plus que
certains plans sont volontairement approximatifs, excentrés avec des gros plans brouillons et des raccords grossiers. Mais grâce à ces choix esthétiques, le spectateur est au plus près de son
héros résolument humain, incarné de tout son corps et de son esprit par un
Johnny Depp habité.
Plus élégant que jamais, il est d’une intensité de chaque instant, même dans les moments tendres qu’il partage avec Billie Frechette, l’amour de sa vie joué par
Marion Cotillard. Cette dernière, malgré mes craintes, s’en sort avec les honneurs (notamment grâce à la scène de l’interrogatoire musclé) même si elle n’apparaît
pas énormément à l’écran et a (presque) réussit à faire disparaître son accent français. Quand à
Christian Bale dans le rôle du tenace agent Melvin
Purvis, il ne semble plus pouvoir desserrer sa mâchoire depuis
Batman Begins et fait preuve de (trop ?) de sobriété. Les scènes de bravoures sont maîtrisées et le réalisateur offre des
plans de toute beauté. Que ce soit les braquages de banques millimétrés et élégants (l’image de Johnny Depp sautant par dessus le comptoir vaut mille discours) ou l’impressionnante embuscade
nocturne dans les bois rythmée par une fusillade nerveuse à couper le souffle pendant les quatorze minutes que dure la scène, Mann a sorti les gros calibres. Et n'oublions pas les jeux de
lumières sublimes qui parcourent le film. Mais la plus belle scène intervient sûrement avant le final, qui décrit les dernières heures de Dillinger, où la tension monte crescendo. Grand
cinéphile, il admire Clark Gable sur un grand écran, voyant en lui un reflet sublimé de sa propre vie. Un éclat de génie poétique et enivrant que la dernière scène, trop expédiée, n’arrive pas à
égaler en intensité. Légèrement imparfait, Public Enemies offre une expérience cinématographique captivante, visuellement hypnotique et se pose sans mal en tant que grande œuvre du 7ème art
américain dont une unique vision ne suffit pas.
Sortie en Salles: O8.O7.O9